LE DERNIER DES SALAUDS

(Il Pistolero dell'Ave Maria)

de Ferdinando Baldi 1969

Avec Leonardo Manzella, Pietro Martellanza, Luciana Paluzzi, Piero Lulli...

Musique de Roberto Pregadio

Lien IMDb : Le dernier des salauds


Résumé :

De retour de la guerre, le Général Juan est trahi et assassiné par sa femme et son amant. Son fils Sebastian est alors emmené loin d'ici et est élevé par l'une des servantes alors que sa sœur Isabel reste auprès de sa mère, la haine grandissante. Quelques années plus tard, Rafael Garcia, ami d'enfance de Sebastian, part à sa recherche et le retrouve. A nouveau unis, ils décident alors de reprendre en main leurs destins en se vengeant des souffrances qu'il ont subis.


Critique :

5eme western de Ferdinando Baldi, « Le dernier des salauds » arrive à une période, en 1969, où le genre a atteint une sorte d'apogée. Leone vient de sortir « Il était une fois dans l'ouest », Corbucci « Le grand silence ». Le drame au service du western a alors trouvé sa plus belle forme. C'est dans cette veine que s'inscrit ce film, en puisant son inspiration dans la tragédie grecque, un peu à la manière du « Retour de Ringo » de Tessari, qui lui s'inspirait d'Ulysse. Ici, c'est l'histoire de la fin d'Agamemnon et plus précisément de la vengeance orchestrée par ses enfants Oreste et Electre qui en est l'inspiration principale. Agamemnon se voit être le général Juan, Oreste est Sebastian et Electre est Isabel. Il y a dans cette tragédie, un autre personnage qui prend une place plus importante : Pylade dans la mythologie devient ici Rafael Garcia. Il aura fallu 5 scénaristes (dont Baldi) pour adapter ce mythe grec et le rendre crédible dans le désert du far west.

Le film s'ouvre sur une séquence typique du genre : Rafael, éreinté, se fait attaqué par des bandits qui le recherchent. Reprenant un montage à la Leone (rappelons au passage que le monteur du film Eugenio Aalabiso a déjà travaillé pour le Maestro), on voit tour à tour des plans d'ensemble d'une vallée déserte et les trognes patibulaires des hors la loi en gros plan. L'iconographie propre au genre et initiée par Leone a fait école, elle est devenue indissociable de cet univers. Baldi n'a jamais été un metteur en scène de grande envergure et même si parfois quelques séquences du film s'en font l'écho, il trouve rapidement un rythme et une efficacité qui font de ce western l'une de ses meilleures réalisations. Pour preuve, la séquence finale qui voit les secrets de famille exploser et la vengeance s'accomplir au beau milieu d'un incendie. Séquence flamboyante de catharsis où toutes les souffrances endurées par les personnages brûlent en même temps que le lieu où elles avaient commencé.
Un véritable point faible pour rendre à merveille l'ampleur de la tragédie est l'interprétation limitée de certains acteurs, principalement pour Leonardo Manzella qui incarne Sebastian. L'acteur qui en est alors à ses débuts est beaucoup trop statique et présente une palette d'expression limitée pour réellement rendre compte des évènements qui lui arrivent. Pietro Mertenzella, plus expérimenté, surtout dans le western, parvient plus facilement à donner de l'épaisseur au rôle et s'en sort plus aisément à manifester une aura secrète autour de son personnage. Il incarne mieux l'amitié ambiguë qui lie les deux hommes. En effet le personnage de Rafael est amoureux d'Isabel et pour cela il a été castré sur ordre de Tomas, le remplaçant de son père.
Il y a bien sûr comme tout bon western latin, un personnage cruel. Celui-ci obéit aux ordres du tyran Tomas et est incarné par Piero Lulli. Reprenant une nouvelle fois un rôle de salauds, il est toujours à l'aise dans ce registre. Son visage exprime sans efforts ni cabotinage le sadisme malsain du personnage.

Le directeur de la photographie Mario Montuori est à cette époque en fin de carrière. Il a très rarement travaillé pour le western mais d'avantage pour le péplum et il s'avère que son expérience est payante puisqu'il joue tout aussi bien avec les séquences de grands espaces et de l'ambiance poussiéreuse du désert qu'avec ce final proche d'un drame baroque, où les couleurs vives éclatent à la lumière de l'incendie.
Une autre surprise nous vient de la composition musicale signée Roberto Pregadio. Ce compositeur italien qui a débuté au cinéma au début des années 60 n'a jamais fait preuve d'un talent particulièrement remarquable mais il a toujours su s'adapter à tous les genres. Pour ce film, il signe un thème principal particulièrement appréciable bien que d'inspiration morriconienne. Malheureusement, l'utilisation systématique de ce thème sans variation d'instrumentation, ni d'orchestration ne parvient pas toujours à s'adapter parfaitement aux différentes scènes qu'il illustre.

« Le dernier des salauds » est la quatrième collaboration entre Ferdinando Baldi et le producteur Manolo Bolognini pour la B.R.C. Produzioni. On peut y voir leur meilleur travail commun, sans doute grâce à une plus grande mobilisation de moyens. Il s'agit de leur dernier western commun (excepté une coproduction maladroite, qu'il est préférable d'oublier, en 1974 pour « Si ce n'est toi…c'est donc ton frère »), Baldi trouvant avec Tony Anthony un nouveau moyen d'explorer le genre. Bolognini rassemblera l'année suivante les deux comédiens principaux pour le passage du talentueux directeur de la photographie Enzo Barboni à la réalisation avec « Ciakmull ». Notons pour finir que la traduction iconoclaste du titre original « Il pistolero dell'ave maria » en « Le dernier des salauds » est une nouvelle preuve, s'il en fallait une, de l'incompétence de certains distributeurs.

Disponible en DVD France Zone 2.